Faisons la connaissance de Julien, cadre financier de 40 ans travaillant à La Défense, à Paris. Il y a trois ans, il a diversifié son Compte Titres (CTO) en achetant des actions Tesla, convaincu que l’avenir appartenait à Elon Musk. Ce matin du 12 janvier 2026, en buvant son café et en lisant les gros titres financiers, il manque de s’étouffer : « BYD détrône officiellement Tesla et devient le numéro 1 mondial de l’électrique en 2025 ». Dans les rues de Paris, il remarque effectivement de plus en plus de BYD Seal et d’Atto 3, alors que les Tesla semblent moins omniprésentes qu’avant. Pourtant, en vérifiant son portefeuille, l’action Tesla (TSLA) affiche un insolent 445,01 $. Comment une entreprise qui perd sa couronne et voit ses volumes baisser de 9 % peut-elle valoir 15 fois plus cher en Bourse que le nouveau leader ? S’agit-il d’une bulle spéculative prête à éclater ou d’une vision à long terme que le marché intègre déjà ? Dans cette analyse, nous décryptons ce paradoxe et ce qu’il implique pour les investisseurs français en 2026.

1. Le constat chiffré : La passation de pouvoir en 2025
Les chiffres sont tombés et ils sont sans appel. L’année 2025 restera dans l’histoire automobile comme celle où l’élève a dépassé le maître. La domination de Tesla sur le marché des véhicules purement électriques (BEV) est révolue, non pas au profit des géants européens comme Volkswagen ou Stellantis, mais du constructeur chinois BYD.
1.1 La réalité des volumes
Selon les données consolidées de janvier 2026, BYD a écoulé 2,26 millions de véhicules électriques à travers le monde en 2025, laissant Tesla derrière avec 1,64 million d’unités. Pour Tesla, c’est un signal d’alarme : une contraction des ventes d’environ 9 % sur un an. En Europe, et particulièrement en France, malgré la suppression du bonus écologique pour les véhicules fabriqués en Chine, BYD a réussi à pénétrer le marché grâce à une politique tarifaire agressive et une montée en gamme perçue comme « Premium accessible », là où la gamme Tesla (Model 3 et Y) commence à montrer des signes de vieillissement face à la concurrence.
1.2 Pourquoi Tesla recule ?
Le recul de Tesla s’explique par une tempête parfaite : fin des subventions fédérales aux USA, concurrence accrue, et une image de marque écornée par les prises de position politiques de son PDG. À l’inverse, BYD, grâce à sa maîtrise totale de la chaîne de valeur (de la mine de lithium à la batterie « Blade »), a pu maintenir ses marges tout en inondant les marchés émergents et européens. Pour l’investisseur, le message est clair : si vous cherchez le leader industriel de l’automobile électrique, il est désormais à Shenzhen, pas au Texas.
| Indicateur Clé | Tesla (L’ancien Roi) | BYD (Le nouveau Roi) | Implication pour votre CTO |
|---|---|---|---|
| Ventes BEV 2025 | 1,64 Million (En baisse) | 2,26 Millions (En hausse) | La croissance volume est en Chine. |
| Moteur de croissance | Promesse Robotaxi & IA | Export & Hybrides | Tesla est une « Tech », BYD est une « Industrie ». |
| Risque Majeur | Régulation & Image | Droits de douane UE | Profils de risque diamétralement opposés. |
2. Le grand écart de valorisation : PER de 300x vs 21x
C’est ici que Julien, notre investisseur, est perplexe. Si BYD vend plus et est plus rentable sur chaque véhicule, pourquoi Tesla se paie-t-elle avec un PER (Price Earning Ratio) supérieur à 300, alors que BYD stagne autour de 21 ?
2.1 Tesla n’est plus un constructeur automobile
Si l’on valorisait Tesla comme Renault ou Peugeot, l’action ne devrait pas dépasser les 40 ou 50 dollars. Mais à 445 dollars, Wall Street ne regarde plus les voitures. Le marché valorise Tesla comme une entreprise de logiciel et d’Intelligence Artificielle. Les 1,64 million de voitures vendues sont vues comme des « capteurs » qui collectent de la donnée pour entraîner l’IA de conduite autonome (FSD). Les investisseurs paient une prime massive pour l’optionnalité future : la domination potentielle du marché mondial des taxis robots.
2.2 La décote géopolitique de BYD
BYD, bien que très performante, subit la « décote Chine ». Les investisseurs européens et américains craignent les tensions commerciales, les barrières douanières de l’Union Européenne et l’incertitude réglementaire chinoise. C’est une opportunité classique de « Value Investing » : acheter une entreprise solide à prix cassé (21x les bénéfices) parce que le marché a peur, alors que l’on achète Tesla à prix d’or (300x) pour un rêve technologique.
| Titre (Ticker) | Cours (12 Jan 2026) | PER (Ratio Cours/Bénéfice) | Sentiment de marché |
|---|---|---|---|
| Tesla (TSLA) | 445,01 $ | 306,90x | Valorisée comme un monopole technologique (type Nvidia). |
| BYD (1211.HK) | 94,50 HKD | 21,60x | Valorisée comme un industriel rentable mais risqué. |
| Renault / Stellantis | Variable | ~4-6x | Valorisées comme de l’industrie traditionnelle (« Old Gen »). |
3. Le pari de Tesla : De constructeur auto à géant de l’IA
Pour justifier sa place dans un portefeuille boursier en 2026, Tesla doit réussir une transition périlleuse.
3.1 Avril 2026 : Le mois de tous les dangers
Le catalyseur que tout le marché attend est le lancement de la production du « Cybercab » prévu pour avril. Si Tesla parvient à déployer une flotte de taxis autonomes fonctionnelle, la baisse des ventes de voitures particulières deviendra anecdotique. Le modèle économique basculera de la vente unique (One-off) à l’abonnement récurrent (SaaS), justifiant ainsi des multiples de valorisation élevés. En revanche, le moindre retard ou un refus d’homologation par les autorités de sécurité routière pourrait provoquer un krach boursier violent sur le titre.
3.2 L’énergie et les robots humanoïdes
N’oublions pas la division Énergie (Megapacks) qui connaît une croissance à trois chiffres et compense partiellement la faiblesse de l’automobile. De plus, le robot Optimus commence à être intégré dans les valorisations à très long terme. C’est ce narratif de « futur de l’humanité » qui empêche l’action de s’effondrer malgré les mauvais chiffres de vente.
4. Stratégie pour l’investisseur français (Actions & ETF)
Comment arbitrer son portefeuille face à cette nouvelle donne ?
4.1 Définir son profil de risque
Si vous êtes un investisseur de type « Bon père de famille » cherchant à sécuriser un patrimoine, Tesla à 445 $ est un actif spéculatif dangereux. Le risque de correction (-30% ou plus) est réel si la promesse IA déçoit. Dans ce cas, se tourner vers des acteurs industriels sous-valorisés ou des indices larges est préférable. Si vous êtes un investisseur « Aggressif » croyant à la rupture technologique, conservez Tesla pour viser l’explosion du marché du Robotaxi, mais soyez conscient que vous pariez sur une technologie, pas sur des ventes de voitures.
4.2 L’approche via les ETF (Trackers)
Plutôt que de choisir un vainqueur, la sagesse commande souvent d’acheter le marché. Des ETF éligibles au CTO (et parfois au PEA via des réplications synthétiques) permettent d’investir sur la thématique. Regardez du côté des ETF « Future Mobility » ou « Electric Vehicles » qui détiennent à la fois Tesla, BYD, et les fabricants de semi-conducteurs. Cela vous permet de profiter de la croissance du secteur électrique sans subir de plein fouet la volatilité spécifique d’Elon Musk ou les risques géopolitiques chinois.
Sources consultées
- Bloomberg, « Tesla Is Finally Toppled by BYD as EV King », 2026
- Investing.com, « Données de marché temps réel TSLA, BYD », 12 Jan 2026
- Zacks Investment Research, « Analyse des livraisons Tesla 2025 », 2026
- Morningstar, « Rapport d’analyse BYD Company Ltd (1211.HK) », 2026
Avertissement (Disclaimer)
Ce contenu est fourni à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. L’investissement en Bourse comporte des risques de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.









